vendredi 14 décembre 2018

About a face


"I cannot hear what you say, what you scream...
I can just guess...
Actually, I'm focussed on your face...
On your hair
On your eyes
On your lips
On you ear
On your chin
On your neck

By the way, what are you trying to tell me?"

A silent question...


How could I answer?
Your eyes raise so many questions...
In the deep of my heart
I know how I could answer...
But I don't find the right words
Right now....

Dialogue des âmes


"Nous nous sommes aimés, immédiatement,
Dans la fulgurance d'un regard offert, croisé,
Dans des lèvres fermées prêtes à s'entrouvrir
Pour le risque du dialogue des âmes, d'un baiser...

Peu importe ton âge, et le mien, entre garçons,
Le silence a tout dit, a murmuré un peut-être, un oui...

Aimons nous, même si tout nous interdit de nous aimer,
Aimons-nous, les lèvres et les yeux disent plus que le langage des mots !"

Eraste de Saint-Amant, Poèmes garçonniers, 1997.


Suspended time...


Yes, a boy could dream to make love with the sun...
And a sun, maybe, dreams to make love with a naked boy...

We share


We share a bed
We share a dream

Please, don't wake us up!

You really...


You really mean what you said?
I mean, it is what you said, right?

samedi 24 novembre 2018

Cold water


Goor, Archives Secrètes


"Cher XXX,

Merci pour votre appréciation sur mes dessins récents, ce sont des pastels, des esquisses, il faudrait que je les travaille davantage...

Vous m'interrogez sur les visages de mes sujets...

"Pourquoi ces yeux grand ouverts, ces lèvres entr'ouvertes ?"

Ah, rien ne vous échappe, mon cher ami...

Oui, pourquoi ?

Les lèvres entr'ouvertes, c'est pour laisser passer le souffle, le soupir, la suspension du silence, le possible de quelques mots, l'attente, peut-être, d'un baiser...

J'aime cette indécision, où toutes les promesses fleurissent sur le temps suspendu d'un silence...

Les yeux ?

Oui, le regard est important pour moi... Vous êtes un esthète trop averti pour ne pas avoir remarqué que dans mes dessins, mes pastels, mes tableaux, il y a une géométrie, ou plutôt une chorégraphie des regards..

L'un de mes garçons, toujours, regarde au-delà, à l'extérieur du cadre, vers celui qui regarde le dessin, le pastel, le tableau...

Je suis sûr que vous l'avez remarqué... Dans chacune de mes compositions !

Ce regard hors cadre, évidemment, il vous interroge... "Pourquoi me regardez-vous ? Que me voulez-vous ? Qu'est-ce que je représente pour vous ?"

Ce regard hors cadre a un pouvoir de sidération, de déstabilisation. Il invite à l'introspection, même si au fond, le spectateur, ainsi défié, connaît au fond de lui-même les réponses à cette question...

Et puis, comme vous l'avez finement remarqué, il y a toujours un garçon qui en regarde un autre...

C'est une mise en abyme, pour ainsi dire, du désir, du regard, des harmoniques homoérotiques qui, je n'en doute pas, sont l'une des raisons pour lesquelles mon travail pictural trouve des amateurs...

Mes garçons se regardent entre eux, en effet, et dans ces regards se disent une vérité, des désirs, des questions, des attentes, des réponses des inquiétudes, des incertitudes...

Mes pastels, mon cher ami, en tout cas mes pastels garçonniers, sont habités par une dramaturgie, celle du désir...

Eros est invisible, mais il est partout...

Les regards de mes garçons déclinent ses pouvoirs...

Je viendrai vous voir à la fin du mois, mon cher ami, je viendrai vous présenter quelques dessins récents, que je ne peux montrer qu'à des amateurs avertis...

Bien à vous, vôtre

G. Goor"

(Archives secrètes, 15 juin 1972)

Your presence


We do not need to speak
No need for words
Your presence is enough
I feel you close to me
I can hear your breath
I can feel the warmth of your body
I just know what you mean
I just know how you feel
I just know what you think
We feel, think and mean the same
We are lovers
I love you

You know who you are

Mon berger grec, mon Ganymède, mon Antinous


"Tu es mon berger grec, mon Ganymède, mon Antinous,
Et ton doux visage, tes cheveux bouclés
Eveillent en moi mille souvenirs oubliés
Des palestres d'Athènes et des gymnases de Sparte
Des montagnes d'Arcadie et des rivages de Crète

Je sais que nous nous sommes aimés dans d'autres vies,
Je te reconnais, je sais qui tu es, je sais le son de ta voix,
Le goût de tes lèvres, la chaleur de ta peau,
La douceur de tes boucles cuivrées, la tendresse de ton sourire
Et cet anneau doré, à ton oreille, que j'ai offert à mon adoré

C'était il y a si longtemps, c'était hier, c'était ce matin,
Tu es mon berger grec, mon Ganymède, mon Antinous..."

Eraste de Saint-Amant, Poèmes garçonniers, 1997. 

vendredi 23 novembre 2018

Variations on a face





Fragment of a Novel


It was a hot, a endless night,
I could not sleep, you neither..
We met on the net, omegie, tindr or snapchat
Who cares
We met...

I don't know who you are, where you are from,
New York city, Shanghai, Berlin or Wellington
It was a sleepless night
You were horny, you wanted to be desired

I wish I had joined you, in your room with a blue light,
I wish the two of us met, in this hot, endless night...

You sent me intimate selfies of your beautiful body
And we share so private fantasies we will never fulfil...
You said your bed was mine
And you knew my bed was yours...

Will we ever meet, meet again, in a hot, a sleepless night,
When twinks and men dream about shared pleasures ?
You have logged out without warning,
You left me on the shore of reality, in the deep of a sleepless night...

Terra incognita



"Le corps d'un ami d'un amant
Est une terra incognita
Lorsqu'on l'aborde
Pour la première fois

Du bout des doigts
Du bout des lèvres
Dans les caresses du regard
Dans l'ivresse d'une première nuit"

Eraste de Saint-Amant, Poèmes garçonniers, 1995.

... quite like you...



Nouveau roman de Didier Denché



Didier Denché

Dieu lui-même n’en sait rien

2018 – 178 pages – 14,5x21cm – 20 € – ISBN : 978-2-9551399-6-7
En juin 2015, la disparition du jeune Émilien de Nanqueraye, un adorable adolescent de 13 ans, sème la consternation dans la région de Bourg-d’Eaubec, en Normandie. Les gendarmes, au cours de leur enquête, sont amenés à s’intéresser à de très curieux individus.
Parmi les personnages susceptibles d’avoir commis l’enlèvement du garçon figure d’abord son professeur de piano, un être sensible et introverti, Cédric Bénouzet. Celui-ci ne cherche pas à nier son intérêt pour les jeunes garçons, au contraire : il revendique cette forme d’amour, mais nie être impliqué dans la disparition d’Émilien.
Suspect encore plus étrange : un roboticien japonais installé en France, qui travaille à l’élaboration d’un robot humanoïde ayant toutes les qualités d’un bel adolescent et doté d’une intelligence artificielle étendue aux dimensions morales. Ce « garçonnoïde » occupe une place centrale dans l’enquête de la gendarmerie, qui sollicite l’aide d’un spécialiste de la « question paidéraste ».
L’enquête est perturbée par l’apparition de géoglyphes ou cercles de culture, un événement exceptionnel en Normandie. Leur concomitance avec la disparition d’un autre adolescent après celle d’Émilien est-elle fortuite ?

L’auteur, Didier Denché, fait réapparaitre dans ce roman indépendant deux personnages de son précédent « polar bleu », La Friponnière : Philippe Sourphères et son jeune ami Mathieu Lisaneur.


The Art of Donald Friend


mercredi 21 novembre 2018

Souvenirs


"Des garçons que j'ai aimés, qui m'ont aimé, je garde des photos noir et blanc, des photos de sourires, de regards tendres, de complicité... Des photos où se disent tant de choses, dans le silence assourdissant du noir et blanc...

Je suis le seul, sans doute, à savoir le sens d'un regard, d'un sourire, d'une main dans la poche, d'un corps déhanché, appuyé contre un arbre...

Je suis le seul à connaître l'histoire de cet arbre, de cette forêt, de ce garçon, de ce garçon que j'ai aimé...

Chacune de ces photos, chacun de ces garçons, c'est un roman, un roman d'amour, une histoire d'homme et de garçon, une histoire d'amour...

Ici, c'est Daniel... Un adorable garçon que j'ai rencontré à Louvain, alors qu'il entamait ses études de droit...

Daniel avait un charme fou... Un humour ravageur... Il était aussi un tendre, un sentimental... Il aimait les garçons, il aimait les hommes... Nous nous sommes aimés. Il a été mon amant, plusieurs mois... Je connais chaque parcelle de son corps qu'il offrait à mes caresses, comme chaque recoin de son âme qu'il m'invitait à explorer... Nous nous sommes donnés l'un à l'autre, corps et âme...  Je crois que jamais, je n'ai aimé un corps, une âme, comme j'ai aimé Daniel...

Plus qu'un jeune et délicieux amant, Daniel fut mon alter ego... Celui à qui j'ai tout donné. Celui qui m'a tout offert...

Nous savions notre amour éphémère... Nous avons voulu en faire une oeuvre d'art, inoubliable, pour lui, comme pour moi...

Les années ont passé... Daniel est maintenant marié, et même père de famille, un fils...

Nous nous écrivons et nous revoyons parfois...

Avec une infinie tendresse...

Un regard, un sourire...

Une infinie tendresse...

Je sais que Daniel garde un tirage de cette photo dans son album de famille... Peut-être qu'un jour il en expliquera le sens à son fils..."

Edouard Nocragel, Pensées et mémoires, Bruxelles, 1950, p. 215.





On the road again...


Vintage Memories


"It was so long ago
We were young
We were students
We loved each other

You were my first love
So deep so pure so obvious
How could I ever forget you

We were brothers we were lovers
We were soulmates
Two bodies one soul
Two souls one body

Making love with you
In the deep of the night
In the deep of our bed
Love with you love with you

I remember the taste of your lips
And the sound of your breath
And the touch of your skin
And the warmth of your body

You were the air I breathed
The sky I was flying through
The spring I was drinking from
You were the boy I loved..."

Eraste de Saint-Amant, Poèmes garçonniers (sans date)

Note by the editor: This poem is probably dedicated to Kevin S.,
who was Eraste's boy friend at Cambridge University, in the late '70s,
during an academic exchange between France and UK.

If anyone has more info about Kevin S., please leave me a message...


Gaze and smile


"Je ne sais pas si tu pourrais comprendre
Même si j'essaie de t'expliquer
Peut-être après tout qui sait
Ecoute ce n'est pas si compliqué

Comment te dire par où commencer
Il était une fois non ce n'est pas un conte de fée
Et les contes on sait comment ça commence
Jamais comment ça finit faudrait pas qu'il y ait de fin

Peut-être un regard et un sourire te diront l'essentiel
Le comment du pourquoi le fin mot de l'histoire
Un regard un sourire oui écoute voir
Si tu me regardes si tu me souris t'as tout compris"

Eraste de Saint-Amant, Poèmes garçonniers (sans date)


note de l'éditeur: comme il n'y a pas de signe de ponctuation sur le manuscrit d'Eraste, je suppose que ce poème appartient à sa période "des mots à la volée" (ca. 1990).

I was attracted to you...



mardi 13 novembre 2018

A Tribute to David Hockney


Photo by Sportfotos-online

The Art of Donald Friend


Satyr and Boy
MS5959/34/205

Gaston Goor — Archives secrètes



"Paris, 20 février 1953,

Mon cher Goor,

Ah, que je suis heureux d'avoir reçu votre édition illustrée des Amours d'Ovide...

C'est du bel ouvrage...

La beauté de vos dessins et leurs harmoniques subtiles font oublier la platitude pudibonde de la traduction de ce sorbonicole d'Henri Bornecque...

Ces Messieurs des Etudes latines (comme des Etudes grecques, d'ailleurs) passent leur temps à coller des feuilles de vigne sur tous les mots du désir, du plaisir, de l'amour... Quelle obsession de la chasteté... Nos collégiens méritent mieux que ces traductions émasculées... Nos collégiennes aussi, du reste...

Heureusement, mon cher Goor, que vous soulevez les tuniques et les toges, que vous ouvrez les fenêtres des gynécées et les portes des palestres...

Vos gravures sont la véritable, la seule traduction d'Ovide, dans son évidente sensualité, avec ses jeunes filles et ses éphèbes enamourés, affolés de désir dans les jeux de la séduction...

Les Amours, c'est avant tout une affaire de fesses et de seins, de lèvres et de regards coquins, la fièvre de désirs qui n'attendent que les soulagements du plaisir pour s'épanouir en de doux sourires...

Quant à vos dépictions d'Eros et de ses angelots dodus, nous nous entendons à demi-mots, si je puis dire... Ah quel coquin vous êtes... Mais l'artiste fait oublier le coquin. Enfin presque...

Quand j'en aurai le loisir, je traduirai les Amours d'Ovide, avec les mots qu'il faut, là où il faut...

Et comme vous, j'enlèverai toutes les feuilles de vigne qui n'ont pas lieu d'être...

Bien à vous

XXXX

PS) Votre Eros qui bande son... son arc, enfin pour le moment, me regarde droit dans les yeux, avec un air si effronté que je consens à être sa cible... Je vous prie de le lui faire savoir: j'attends ses flèches !"


(Archives secrètes, 20 février 1953)


samedi 3 novembre 2018

Anyway...


© Anders Krisár

Today, I feel like...
... like it does not make sense...

Trying to express oneself, to open his soul,
To find the right words to express what one feels...

Is just hopeless, meaningless

You, the haters, you, so many homophobic haters,
You will never understand, how much respect
How much care, how much love we have 
For who we love, for the young men we are in love with...

Fuck you, haters, homophobic haters !
Give us a break ! Let us breathe and love, as we breathe !
The sweet loving words my boy friend just said in my ears
Are just a proof, you will never win, love betweens boys...
... is just love...
We love each other...
There is nothing you can do about, against it !!!

"Est-ce que j'aime un corps ou une âme ?
Est-ce que j'aime des lèvres ou un souffle?
Est-ce que j'aime un garçon, est-ce que je t'aime toi ?

Est-ce que j'aime ce qui ne fait que passer, ou ce qui sera demain, 
L'essence ou l'évanescence de ton être, mon aimé ?

Es-tu mon rêve, mon désir, le plaisir d'une nuit sans fin,
Ou peut-être un souvenir,
Ou encore le mirage d'un souffle, d'une caresse, d'un baiser,
Dans une vie qui traverse le désert, en quête d'une oasis aimante,

Une seule...

Toi..."

Eraste de Saint-Amant, Poèmes garçonniers, [date illisible]

Sad songs...



Actually, not THAT much...
You left...
It hurts...
So much...

Yes,
I miss you...

Is it so difficult ?


© Anders Krisár

Is is so difficult to find you,
To find a boy to love when one is a man,
To grasp a hand, just a hand,
To feel one matters, just a little bit
For someone else ?

Yes it is...

mercredi 31 octobre 2018

The Dancer



Please, answer me !


I know you have received my email...
I know you read my blog...
Please, answer me...
I miss you, so badly...

Music


The music of your face
The music of your eyes
The music of your lips

There are so many harmonics in a boy's face...

Fritz Morgenthaler in the sculptor's study

Fritz Morgenthaler modeling for sculptor Karl Geiser (1930s)

Fritz Morgenthaler was the son of the Swiss painter Ernst Morgenthaler and his wife Sasha Morgenthaler-von Sinner. He studied medicine at the University of Zurich and got his degree in 1945. 

His doctoral thesis, Untersuchungen über die Phänomenologie des Fussohlenreflexes beim Gesunde, was published in 1948.[1]While he was working at a neurological hospital in Zurich he trained as a psychoanalyst with Rudolf Brunn. Together with his wife Ruth, and Paul Parinand his wife Goldy Parin-Matthèyhe undertook expeditions to West Africa and they developed the concept of ethnopsychoanalysis.

Morgenthaler also was the first psychoanalyst who said that homosexuality is not an illness or psychological defect.

(source: Wikipedia)

dimanche 28 octobre 2018

Mac Avoy — Drawing for Montherlant, Les Garçons


Henry de Montherlant, Les Garçons, Edition Intégrale, Illustrations de Mac Avoy, Paris, Gallimard, 1973.

Japanese dream


Waiting for your answer...


I sent you an email today...
I could not prevent myself to do so...
I miss you, so badly...
It hurts...
I know I am ridiculous...
Will you answer me...?
Just two words...
Please...
I love you...

Une douloureuse tendresse



"Tu étais assis en face de moi, je n'avais de cesse de te regarder. Du coin de l'oeil, l'air de rien, subrepticement, mais toujours mon regard vers toi était aimanté. Tu étais la pierre magnétique qui affolait mes repères, ma boussole, mon regard.

Ta beauté, ton charme, et juste ta manière d'être là, vivant, présent au monde, devant moi, étaient à la fois source de plaisir et d'une intime souffrance. Peut-être est-ce là la meilleure définition du désir...

Je me suis nourri de la lente chorégraphie de tes gestes... La main que tu passes dans tes cheveux, sur laquelle tu appuies ta joue, le doigt que tu poses sur tes lèvres, tes mimiques, lorsque tu serres les lèvres, lorsque ton regard s'échappe vers le haut. La finesse de tes doigts et le duvet doré de tes bras, s'échappant d'une chemise à manches courtes. Ton cou gracieux invitant le regard à suivre le doux dénivelé d'une poitrine lisse, à peine dévoilée par le décolleté de ta chemise entrouverte... Tes joues imberbes et ta coupe de cheveux délicieusement garçonnière, les oreilles dégagées, très court sur les côtés, tandis qu'un jardin de boucles blondes fleurissait sur le dessus de ta tête.

Je n'avais de cesse de te regarder, de te caresser du regard, sans trop insister, car cela ne se fait pas, n'est-ce pas, surtout dans un lieu public... Et je m'obligeais à résister à la tentation, à jouer l'indifférent, à regarder ailleurs, mais sans cesse vers toi mon regard était attiré.

Ton regard croisait parfois le mien. Je le détournais aussitôt. Tu m'as souri. Je me suis dit que j'étais encore amoureux, cela m'arrive trop souvent, mais c'est ainsi. Et je rêvais à ces délicieuses touches d'intimité que me dévoilaient les gestes de ta main, les expressions de ton visage, ta tête nonchalamment appuyée, ta manière se serrer les lèvres, d'un air résolu, puis de les entrouvrir...

J'ai imaginé ce que pourraient être, ce qu'auraient pu être une tendre amitié entre nous, une intimité partagée, un amour naissant... Il y aurait bien sûr le regard des autres et le qu'en-dira-t-on, un homme de mon âge avec un garçon qui franchit tout juste le seuil de ses vingt ans. Mais en même temps l'évidence d'un amour improbable, entre l'aîné et son aimé, partageant un temps de vie dans le silence d'une fraternité des coeurs, d'une complicité des corps.

Et puis, tu t'es levé. Nos regards se sont croisés. Tu m'as souri. Sur le pas de la porte, tu t'es retourné. Un sourire encore, un imperceptible mouvement des doigts, pour moi seul visible. Tu m'avais compris. Et j'ai ressenti une douloureuse tendresse, peut-être comme l'espoir d'une consolation à ma peine, dans ce signe si discret, ce signe de reconnaissance".

Edouard Nocragel, Pensées et mémoires, Bruxelles, 1950, p. 122.

dimanche 21 octobre 2018

Pause


Dear visitors,

As you probably noticed, my blog is currently in stand by and pause mode. It is a busy time for me, in the real world...

I hope to come back very soon.

Please, feel free to browse the five years archive of my posts on Eros in Arcadia, and enjoy !

Mark


Chers visiteurs,

Comme vous l'avez constaté, mon blog est en pause en ce moment. Période un peu chargée dans le monde réel...

J'espère revenir très vite, très bientôt

Profitez-en pour vous promener dans l'archive des cinq années d'existence d'Eros in Arcadia !

Mark



samedi 6 octobre 2018

Morning


"Que reste-t-il d'une nuit d'amour
Sinon la tiédeur d'un lit
La langueur des corps ?"

Eraste de Saint-Amant, Poèmes garçonniers, 1985.

Regard / Gaze


Gaston Goor — Archives Secrètes



Gaston Goor — Mousa Paidiké (détails)
Collection privée




"Cher ami,

J'ai bien reçu vos dernières traductions: Straton, toujours, mais aussi Méléagre, Callimaque et des anonymes...

Mais rassurez-moi: je ne dois pas illustrer chaque poème ? Comment concevez-vous la publication de votre Muse garçonnière ?

Les textes sont très beaux... Grâce à vous, ils chantent la beauté et le désir dans une autre langue que le grec... Et quelle beauté, quel désir...!

Il m'a semblé que je pouvais m'attacher à l'esprit plus qu'à la lettre... et laisser libre cours à mon imagination, en écoutant la musique de vos poèmes... Les yeux fermés, en effet, j'entends une musique, je vois une chorégraphie, une exultation des corps, en apesanteur, entre ciel, terre et mer... 

Je m'en tiens à mon choix du fond noir — figures rouges sur fond noir, je reste dans le sujet, n'est-ce pas...

Oui, chorégraphie, exultation des corps, exaltation de la beauté, innocence des désirs et des plaisirs, qui s'inscrivent dans l'harmonie des éléments primordiaux: l'Eros garçonnier est le feu, qui embrase les corps et les coeurs, entre ciel, terre, et mer...

Ce dessin tout récent, que je soumets à votre jugement, je le conçois comme un Art d'aimer, libre, affranchi, extatique, aquatique, où l'amour du beau, l'amour des corps nourrissent les mêmes désirs, les mêmes plaisirs, dans un vertige qui ébranle les âmes...

J'aimerais que mes crayons approchent du haut degré de spiritualité, de la quintessence de culture et d'humanité de vos poètes grecs, surtout lorsque, grâce à votre plume, ils chantent si bien leurs amours dans notre langue...

Dites-moi, mon ami, ce que vous pensez de ces cabrioles ludiques, un peu lubriques aussi, je l'admets, mais nos amours ont leur innocence...

Bien fidèlement

Goor"

(Archives secrètes, ca 1950)