samedi 6 octobre 2018

Morning


"Que reste-t-il d'une nuit d'amour
Sinon la tiédeur d'un lit
La langueur des corps ?"

Eraste de Saint-Amant, Poèmes garçonniers, 1985.

Regard / Gaze


Gaston Goor — Archives Secrètes



Gaston Goor — Mousa Paidiké (détails)
Collection privée




"Cher ami,

J'ai bien reçu vos dernières traductions: Straton, toujours, mais aussi Méléagre, Callimaque et des anonymes...

Mais rassurez-moi: je ne dois pas illustrer chaque poème ? Comment concevez-vous la publication de votre Muse garçonnière ?

Les textes sont très beaux... Grâce à vous, ils chantent la beauté et le désir dans une autre langue que le grec... Et quelle beauté, quel désir...!

Il m'a semblé que je pouvais m'attacher à l'esprit plus qu'à la lettre... et laisser libre cours à mon imagination, en écoutant la musique de vos poèmes... Les yeux fermés, en effet, j'entends une musique, je vois une chorégraphie, une exultation des corps, en apesanteur, entre ciel, terre et mer... 

Je m'en tiens à mon choix du fond noir — figures rouges sur fond noir, je reste dans le sujet, n'est-ce pas...

Oui, chorégraphie, exultation des corps, exaltation de la beauté, innocence des désirs et des plaisirs, qui s'inscrivent dans l'harmonie des éléments primordiaux: l'Eros garçonnier est le feu, qui embrase les corps et les coeurs, entre ciel, terre, et mer...

Ce dessin tout récent, que je soumets à votre jugement, je le conçois comme un Art d'aimer, libre, affranchi, extatique, aquatique, où l'amour du beau, l'amour des corps nourrissent les mêmes désirs, les mêmes plaisirs, dans un vertige qui ébranle les âmes...

J'aimerais que mes crayons approchent du haut degré de spiritualité, de la quintessence de culture et d'humanité de vos poètes grecs, surtout lorsque, grâce à votre plume, ils chantent si bien leurs amours dans notre langue...

Dites-moi, mon ami, ce que vous pensez de ces cabrioles ludiques, un peu lubriques aussi, je l'admets, mais nos amours ont leur innocence...

Bien fidèlement

Goor"

(Archives secrètes, ca 1950)



Photo by Justin


Your only chance



The Art of Christian Schoeler


Mac Avoy — Drawing for Montherlant — Les Garçons


Henry de Montherlant, Les Garçons, Edition Intégrale, Illustrations de Mac Avoy, Paris, Gallimard, 1973.

mardi 2 octobre 2018

Silver beauty


Gaston Goor — Archives secrètes


Gaston Goor — Mousa Paidike — Pastel (Collection privée)

"Mon cher ami,

J'avance dans mes traductions de la Muse garçonnière... Ah quel beau grec, la langue bien sûr, concis, épuré, clair comme l'eau du Céphise, transparent comme une tunique d'éphèbe que soulève le zéphyr à la sortie du gymnase...

Traduire, sans trahir, c'est faire entendre non seulement la musique des mots, mais celle du désir...

Et je polis, astique et caresse chaque mot, comme je le ferais d'un... Enfin, vous me comprenez...

De ces poètes éphébophiles, aucun ne parvient à la perfection de Straton... Tenez, je crois que je suis enfin parvenu à traduire l'épigramme 11, je vous en donne la primeur (de l'épigramme seulement, car je garde le garçon !)

"Même si un duvet frisé couvre tes joues,
Et des boucles dorées ombragent tes tempes;
Je ne te fuis pas, mon aimé. Ta beauté,
Malgré la barbe naissante, malgré les poils, est mienne"

Si mignon, n'est-ce pas... Quoique la barbe naissante, évidemment...

Alors pour les dessins, Goor, que devez-vous faire ?

Je ne veux pas de l'archéologique... Je veux de l'élégiaque, de l'idyllique, je veux des épigrammes visuelles...

Je veux de joyeux délires, Goor, une chorégraphie d'éphèbes en apesanteur, pas de l'académique, ni des corps alanguis à la Praxitèle (quoi que ses garçons aient parfois des charmes indéniables...), non, je veux des paîdes, des meirakia, des epheboi à la sortie du gymnase, sentant bon l'huile et la sueur, ou entre des lits de banquets, ne s'effarouchant pas des caresses des hommes à qui ils servent du vin...

Oubliez vos visites au Louvre, Goor, transcendez les ! Fermez les yeux, imaginez moi ces garçons, ces éphèbes si beaux qu'on a écrit tant de poèmes sur eux... Faites moi des pastels poétiques, faites moi des poèmes érotiques, Goor, allons... Oubliez les conventions, laissez-vous bercer par la musique entêtante des amours pédérastiques...

Immergez-vous, ramenez moi dans la Grèce ancienne, dans les gymnases et les palestres d'Athènes, dans le Banquet de Platon !

Je compte sur vous, et vous savez que je ne compterai pas, pour vous remercier de donner corps à mes douces fantaisies !

Bien fidèlement  

XX"

(Archives secrètes, ca 1950)

Teasing Narcissus


Pourquoi est-il plus facile de montrer ses fesses que sa face ?
Why is it easiest to show his butt rather than his face?

I love this weird mixture of shyness and indecency
J'aime cet étrange mélange de timidité et d'impudeur

Que veux-tu prouver, Narcissus ?
What is your point, Narcissus?

Premier baiser / First kiss


"Après un premier baiser, il ne faut pas se presser...
Il faut le goûter, le savourer, y penser et repenser...

Il faut se demander pourquoi pourquoi lui pourquoi moi
Pourquoi maintenant pourquoi ici

Il faut doucement passer la langue sur ses propres lèvres
Pour cueillir à nouveau la douceur fleurie et éphèmère
Du baiser déposé par des lèvres tremblantes et aimantes...

Un premier baiser c'est comme une abeille qui se pose sur une fleur
Le pollen deviendra miel doux et sucré comme les amours d'été..."

Eraste de Saint-Amant, Poèmes garçonniers, 1998.

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