samedi 6 octobre 2018

Gaston Goor — Archives Secrètes



Gaston Goor — Mousa Paidiké (détails)
Collection privée




"Cher ami,

J'ai bien reçu vos dernières traductions: Straton, toujours, mais aussi Méléagre, Callimaque et des anonymes...

Mais rassurez-moi: je ne dois pas illustrer chaque poème ? Comment concevez-vous la publication de votre Muse garçonnière ?

Les textes sont très beaux... Grâce à vous, ils chantent la beauté et le désir dans une autre langue que le grec... Et quelle beauté, quel désir...!

Il m'a semblé que je pouvais m'attacher à l'esprit plus qu'à la lettre... et laisser libre cours à mon imagination, en écoutant la musique de vos poèmes... Les yeux fermés, en effet, j'entends une musique, je vois une chorégraphie, une exultation des corps, en apesanteur, entre ciel, terre et mer... 

Je m'en tiens à mon choix du fond noir — figures rouges sur fond noir, je reste dans le sujet, n'est-ce pas...

Oui, chorégraphie, exultation des corps, exaltation de la beauté, innocence des désirs et des plaisirs, qui s'inscrivent dans l'harmonie des éléments primordiaux: l'Eros garçonnier est le feu, qui embrase les corps et les coeurs, entre ciel, terre, et mer...

Ce dessin tout récent, que je soumets à votre jugement, je le conçois comme un Art d'aimer, libre, affranchi, extatique, aquatique, où l'amour du beau, l'amour des corps nourrissent les mêmes désirs, les mêmes plaisirs, dans un vertige qui ébranle les âmes...

J'aimerais que mes crayons approchent du haut degré de spiritualité, de la quintessence de culture et d'humanité de vos poètes grecs, surtout lorsque, grâce à votre plume, ils chantent si bien leurs amours dans notre langue...

Dites-moi, mon ami, ce que vous pensez de ces cabrioles ludiques, un peu lubriques aussi, je l'admets, mais nos amours ont leur innocence...

Bien fidèlement

Goor"

(Archives secrètes, ca 1950)



1 commentaire:

  1. C'est bizarre que Goor ne parle pas des petits carrés blancs !

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